La crise du COVID-19 — ce nom horrible qui remplace celui de « coronavirus » avec la petite touche scientifique qui va bien — continue de se métamorphoser — de pas plus grave qu’une petite grippe à hyper contagieux et de catastrophe sanitaire, économique — que déjà les premiers « et après » pointent le bout de leur nez.

Cette question m’occupe l’esprit depuis plusieurs jours déjà et c’est avec une certaine satisfaction que je constate que beaucoup partagent cet avis que je peux résumer par cette phrase d’Edgar Morin sur Twitter:

« Ce serait terriblement triste s’il ne sort pas de cette mega-crise une pensée politique indiquant la nouvelle Voie. »

(Edgar Morin tweet 21 mars 2020)

La question est posée, l’inquiétude prend forme:

Et si le pire qui pourrait arriver était que tout revienne comme avant ? Retour à nos comportements habituels, retour au modèle économique dominant avec les efforts qui seront réclamés à la population pour renflouer les caisses des Etats anémisés d’avoir aidé les entreprises selon la maxime « solidariser les pertes et transformer en dividendes les bénéfices ».

Notre modèle économique est arrivé à sa limite. Il a démontré son inadéquation ou du moins le besoin de se transmuter.

Partager c’est sympa

Nous avons des raisons de nous inquiéter. Rien dans les discours des politiques ne laisse entrevoir une prise de conscience allant vers un changement. Leur seule préoccupation est de traverser la crise, de minimiser les dégâts — victimes mais surtout les pertes économiques — et de reprendre dès que possible le cours normal des choses.

Dans une vidéo de la chaîne Youtube « Partagez c’est mieux » — qui se veut attractive dans son format (et s’il est clair que c’est une attractivité pour les « jeunes », cela n’opère pas l’effet escompté sur moi, surtout cette terrible casquette que je gère de lui enlever tant elle décrédibilise celui qui la porte) — le présentateur dont j’ignore le nom transforme le discours d’Emmanuel Macron et y ajoute ce que nous voudrions entendre, ou avoir entendu.

L’exemple le plus éclairant est le désossage de notre système de santé qui a été privatisé, regroupé, « optimalisé », géré comme un business … et surtout qui a oublié de reconnaître et valoriser son personnel.

Les remerciements, les applaudissements, les appeler « héros » masquent très mal le sous-financement, le sous-recrutement que subit notre système de santé. C’est un des points abordés dans cette vidéo.

Je termine cette réflexion par cette métaphore qui m’est venue il y a quelques jours en réponses aux propos amers que l’on retrouve de manière pléthorique sur les réseaux sociaux. Je comparais notre société, notre monde à une voiture roulant à tombeau ouvert vers un mur. La pédale de frein de cette voiture est devenue bannie, désavouée. Il n’est dès lors d’autre issue que de continue à accélérer. Durant cette trajectoire, un soubresaut. Une irrégularité dans la route. Une bosse. C’est le corona virus. Le chauffeur est déstabilisé et tente de limiter l’embardée. Il transpire à grosses gouttes en tournant son volant tout en continuant d’éviter la pédale de frein tant honnie. Tout au plus arrête-t-il d’accélérer. Et nous, nous sommes les passagers. Nous sommes assis à l’arrière du véhicule. Nous hurlons au chauffeur de freiner, de changer de conduite. On allait dans le mur et maintenant, cette bosse risque de rendre fou le véhicule. Mais beaucoup de passagers ne sont inquiétés que par la bosse qui leur a fait lever les yeux de leur smartphone. Et nous pouvons imaginer que dès que le chauffeur aura retrouver le contrôle de son véhicule, ils reprendront leur activité sur leur téléphone, partageant la dernière bonne vidéo ou un selfie pris « pendant la bosse » avec des airs de « j’y étais ». Pour les autres qui regardent la route et exprime leur inquiétude, le pire est à craindre: le chauffeur restera sourd à leurs demandes et continuera sa route tout content qu’il sera d’avoir repris le contrôle de son véhicule et de pouvoir à nouveau accélérer … vers le mur.

Sur cette image, je vous laisse tout en me disant que ce sujet de « et après » est tellement vaste qu’il me faudra y revenir dans d’autres postes.

4 réponses

  1. Métaphore très parlante et pertinente.
    Les réseaux sociaux, arrête de les consulter. Limite ton info à des émissions ciblées, notamment C’ dans l’air sur France 5, à 17h45 du lundi au samedi.
    Quant à l’après, je n’ose y penser. Je suis sceptique sur l’effectivité du changement de cap mais je me dis que le choc est tel que l’on peut attendre du changement. Si pas, la population poussera. Si toujours non, alors…
    Quant à Edgar Morin, il raconte dans ses mémoires qui n’en sont pas, que sa mère ne voulait pas de lui. Elle a tenté de « le faire passer », en pure gain. Depuis, il a des intuitions qui le préviennent d’un danger. Il aura 99 ans en juillet. Ainsi, passager dans un voiture à quatre passagers, de nuit, tout le monde somnole, y compris le conducteur, pris par le sommeil. Cette absence réveille subitement Morin qui hurle « Arrête! ». Le gars enfonce la pédale de frein, à deux doigts d’un gouffre où une voiture gisait déjà.
    Donc, tous ensemble HURLONS : ce que nous vouons et ne voulons plus.

    1. J’aime ce « tous ensemble HURLONS : ce que nous voulons et ne voulons plus. »
      Quant aux réseaux sociaux, je suis bien sûr d’accord toutefois, mon intuition est que c’est une intéressante « prise de pouls » de ce qui se dit. Je ne veux pas faire ce qui pourrait s’apparenter à se réfugier dans une tour d’ivoire des bien informés. J’essaie donc ce grand écart (et avec l’âge on n’a plus la souplesse d’antan 😉 ) et j’accueille donc avec un intense plaisir (intellectuel s’entend) tes recommandations. Nourri de celles-ci (et le livre de Hartmut Rosa en est un splendide exemple que j’ai déjà tweeté plusieurs fois) je retourne dans l’arène et je tente d’apporter ma pierre. Je reviendrai sur cette fibre « activiste » sous peu. Ce n’est pas un choix, ce n’est pas un mérite, c’est un besoin, un appel. Je n’ai donc pas beaucoup de choix .. et cela me convient (critère d’utilité, quand tu nous tiens!! )

  2. Hum, « tour d’ivoire » que je n’opposerai pas à tour de Babel des réseaux sociaux où la plus belle langue côtoie la pire. Trop émotionnels, trop immédiat. Comme le dit Sherry Turkle, les réseaux sont excellents pour inciter à l’action, mais le plus souvent, on en reste au vœu pieux.mais
    Ma façon de rester en lien avec le monde, est de publier comme tu le fais, d’activer des courriels vers des proches et moins proches, de téléphoner, de parler avec ceux qui veulent bien quand je les croise en promenades quotidiennes. Voilà mon pouls privilégié.
    L’info, je me borne à l’essentiel. Je constate que les chiffres d’aujourd’hui témoignent d’un premier ralentissement de la dissémination. Bien. Attendons la suite. L’infobésité ou infodémie, non merci. L’anxiété, l’inquiétude augmentent le risque d’infection. J’opte pour la lucidité, en ajoutant le jour aux jours, sans savoir combien de perles comptera le collier.
    Avé, cher activiste des RS.

    1. Tu traduis, tu complètes mon raisonnement et surtout ma position du moment. Position en questionnement permanent, avec périodes de retrait (le bientôt célèbre facebookus interruptus) et périodes d’immersion. Nos échanges m’offrent cette prise de distance tellement nécessaire. Merci.

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