Les marches pour le climat sont le signe d’un éveil des consciences sur l’impasse dans laquelle nous mène notre économie, notre mode de vie dans un monde forcément limité.

Chaque citoyen conscient essaiera de même de diminuer son impact personnel et familial en laissant plus souvent sa voiture au garage, en remplaçant ses ampoules, en diminuant la température ambiante sur son thermostat ou en mangeant moins de viande.

Je n’évoquerai pas ici la confusion entre mesures contre le réchauffement climatique et initiatives pour un monde durable qui consomme trop et épuise la planète. Les deux sont liées, mais les actions pour retarder une crise n’ont pas nécessairement d’impact sur l’autre. Mais ne boudons pas notre plaisir, cette prise de conscience était attendue, espérée et vont dans le bon sens.

Les interviews des politiques dans les jours qui suivent les marches pour le climat sont alors aussi prévisibles que risibles. Ils se retrouvent coincés. D’un côté, ils doivent reconnaître qu’un mouvement large est en train de s’exprimer – ce mouvement est à leurs yeux un potentiel de voix considérable et ce serait un suicide politique que de le négliger ou du moins de ne pas en parler ou de ne pas y adhérer –. D’autre part, ils ne peuvent ignorer

que c’est eux qui sont mis sur la sellette. C’est eux qui sont accusés de ne pas en faire assez.

On s’engouffre alors dans un jeu à l’issue prévisible où deux thèmes reviennent sans cesse :

Vient alors la cohorte des mots qui font mal : taxe, impôt, redevance, prix de l’énergie en hausse… Expression récurrente de l’équilibre systémique de notre société qui tente de revenir à son état initial en brandissant le porte-monnaie qui ne manquera pas de ramener les joyeux marcheurs au calme dans leur chaumière, tout près de leurs écrans.

La stratégie des médias qui croient bon de s’appesantir sur les initiatives individuelles, ces petites actions que chacun.e peut faire ont un effet pervers dans la dynamique de changement espérée.
Les reportages alternent entre images de manifestations bon-enfant et initiatives locales pour agir pour le climat. Telle école supprime les distributeurs de soda, tel collège installe des interrupteurs à détection de passage pour limiter la durée d’éclairage dans les couloirs, etc..
Ces petites actions nous occasionneront inévitablement des petites gênes dans nos quotidiens qui seront d’autant mal vécue que leur impact est négligeable si elles ne s’accompagnent pas d’autres mesures globales, collectives ou sociétales qui elles auront un effet significatif sur notre production de CO2.

Le changement réclamé par les marcheurs est un changement en profondeur et un changement global.

C’est la finalité des décisions prises par nos décideurs politiques qui est remise en question.

Modifier les sources de financement pour faire évoluer notre société vers plus de durabilité (primes incitant à l’installation de nouveaux comportements, taxation des activités à lourd impact écologique), pousser tous les acteurs à entrer dans cette dynamique (participation au coût par une fiscalité mieux répartie et tenant compte de la dématérialisation de l’économie – qui fait la richesse des GAFA, de l’ingénierie fiscale et de la mobilité financière…).

Modifier le paradigme de la croissance perpétuelle impossible dans un monde limité par celle d’une répartition plus équitable des ressources et des richesses.
Le terme « PLUS » qui sous-tend l’obsession de croissance doit céder la place au « MIEUX ».

Me revient alors cette métaphore utilisée dans les formations de gestion du temps celle où l’on tente de remplir un récipient avec de gros cailloux, des pierres et du sable.

Pour remplir le récipient, il faut commencer par les cailloux, le sable venant alors remplir les espaces vides entre ceux-ci.

Si chacun peut apporter son grain de sable, il serait illusoire d’imaginer qu’ainsi nous remplirons le récipient.

Le changement efficace nécessite d’appliquer la règle prescrite par Stephen Covey : first things first!

Car nous ne sommes plus à la recherche d’un remède, nous avons besoin d’un changement radical que le sable ne peut accomplir.

C’est ça que réclament les marcheurs sans doute sans vraiment s’en rendre compte. Ils attendant des politiques de définir les gros cailloux et de commencer à les mettre en place.

Pas l'inverse!