Comme beaucoup j'ai essayé de bien faire.

J'ai du moins tenté de m'interroger et d'essayer d'adapter mon écriture.

Mais le coeur n'y était pas. Ces fins de mots hachés de points défiguraient mes phrases tout en mettant l'accent sur un combat juste (celui de l'égalité femmes-hommes) mais sur le mauvais terrain, celui de l'orthographe et de la grammaire.

Avec cette tribune, je respire. Mon inconfort était justifié. Moi qui suis un amoureux de ma langue, un passionné des mots et des belles formules, moi qui suis à mille lieues d'essayer d'assoir une injustice vieille de plusieurs siècles par le choix d'un "le" ou d'un "la".

Le langage inclusif est une aberration qui dessert la cause qu'il prétend défendre et fait du français une victime collatérale.

Après cette tribune, je m'inscris définitivement en opposant à cette proposition qui n'a d'inclusive que le nom.

Je retiens de cette tribune deux arguments significatifs:

Lien vers l'article publié dans le Marianne le 19/9/2020

Copie de l'article au format pdf pour m'assurer de la pérennité de cette publication

C’était en septembre 2008, j’avais accepté de participer à la « Journée des Arts Martiaux » organisée par la ville de Namur. En tant que responsable de mon dojo d’aïkido, avais-je réellement le choix?

Cette foire aux arts martiaux battait son plein quand j’entraperçu un jeune journaliste en quête de nouveauté. Je lui proposai de lui parler d’aïkido mais il me répondit que ce n’était nouveau. Sa réponse m’a fait entrevoir une opportunité.

En effet, je travaillais déjà depuis plusieurs années sur l’application de l’aïkido à la communication mais ce n’était encore pour moi qu’une pédagogie particulière de l’aïkido. rien de plus.

Mais lorsque le journaliste me répondit « l’aïkido ce n’est pas nouveau », mon sang ne fit qu’un tour et je lui répondis: « Ah, vous voulez du nouveau! Et bien j’ai quelque chose. Cela s’appelle l’AïkiCom. ».

C’était la première fois que je prononçais le mot AïkiCom à quelqu’un. La suite se déroula d’elle-même. Le journaliste est venu au dojo pour écrire un papier sur l’AïkiCom et, une fois encore, me poussa dans les cordes en me demandant. Et quand proposerez vous une formation à l’AïkiCom. Nous étions en novembre et je luis répondis: »Nous commençons en janvier! »

Depuis ces débuts inopinés, plus de dix années ont passé. Dix années où j’ai formé à l’AïkiCom des centaines de personnes.

Je pensais que le terme AïkiCom passerait aisément mais j’ai bien dû constater que le mot sonnait trop « étranger » pour réussir à s’implanter. Avec le temps j’ai ressenti une certaine lassitude du fait de toujours expliquer la même chose:  «  » c’est harmonie en Japonais et « Ki » c’est énergie...

Par contre, j’ai très vite constaté que l’expression « Bienveillance martiale » passait très bien. Cet oxymore attire l’attention. Il interpelle.

A cela s’ajoute le fait que le champ d’action de l’AïkiCom s’est considérablement élargi en une décennie. De simple pratique pour gérer les conflits, elle s’est révélée être une véritable attitude de vie. Son impact et ses modèles ont depuis longtemps dépassé le cadre étroit d’application de la philosophie et des mouvements de l’aïkido à la communication au quotidien.

C’est donc tout naturellement que j’ai opté de mettre le terme de «Bienveillance martiale» en avant.

L’AïkiCom reste le nom de l’approche qui sous-tend la bienveillance martiale mais il s’est placé en retrait.

Le virus est entré par la porte d’Italie puis s’est répandu dans toute l’Europe avec son cortège de contaminés, d’hospitalisés et de morts. Et en parallèle, une procession de de fausses infos et de mauvaises décisions.

Ce qui n’était pas plus grave qu’une petite grippe a réussi en 2 mois à paralyser une région, un pays, un continent puis le monde.

Pénible mise au jour de la qualité de nos leaders politiques dont on ne saura jamais s’ils ont agi par ignorance ou par intérêts cachés. Absence de vision et de préparation dans un cas, machiavélisme éhonté dans l’autre, les dirigeants de nos Etats européens ont brillé par leur incompétence à rassurer leurs populations autant que par leurs qualités d’anticipation.

Sans vraiment nous en rendre compte, tels des grenouilles plongées dans une casserole d’eau chauffée progressivement, nous avons basculé d’un fait divers aux confins de la Chine à une crise qui a paralysé toute l’économie mondiale et confiné un tiers de la population mondiale. Jamais nous n’aurions pu imaginer une telle situation.

Crise subie ou crise provoquée ? Loin de moi l’idée stupide du complot ourdi par quelques puissants. Toutefois la manière de gérer le début de cette pandémie ne manque pas de m’interpeller. Si nos dirigeants avaient fomenté une crise d’ampleur significative pour enfin parvenir à faire taire leurs populations et faire ranger ses gilets jaunes, ils n’auraient pas fait autrement.

Mais je crains que ce serait surévaluer de manière presque risible leur capacité de développer une vision et d’implémenter la stratégie pour y parvenir.

Qu’ils ne s’emparent de la situation pour imposer des mesures en d’autres temps inacceptables, me semble par contre malheureusement plus que probable. Application stricte de la stratégie du choc que dénonce brillamment l’auteur de la chaîne Youtube « Partagez c’est sympa». ( https://youtu.be/ZKFgJHOzJw )

Très vite, du moins au fil de notre plongée dans cette situation abracadabrantesque dont on n’imagine pas encore l’issue et encore moins les conséquences, très vite, donc, je me suis interrogé sur « l’après ».

Sous forme d’espoir d’abord: plus rien ne serait comme avant.

Pessimiste ensuite: l’homéostasie du système économique et financier ferait tout pour revenir à une situation comme avant. Homéostasie qui se verrait renforcée par le désir de nombreux d’entre nous de retrouver notre petit confort et nos habitudes au point d’accepter toute mesure impopulaire. Jamais le terme de politique austère ne porterait si bien son nom si nous entendons « austère » comme la capacité de nous faire « taire ».

Si nous ne sommes pas en guerre, il y a des victimes. Si nous ne sommes pas en guerre, nous vivons le couvre-feu. Si nous ne sommes pas en guerre, nous avons nos héros. Il est donc probable que l’on assiste à un débarquement. Les industries pharmaceutiques en seront la tête de pont. Les grosses fortunes anémisées par la chute des cours, les généraux. Et nos caporaux politiques nous mitonneront des discours de relance, d’efforts nécessaires, tout heureux d’ainsi éviter l’heure du re-Greta.§

La crise du COVID-19 — ce nom horrible qui remplace celui de « coronavirus » avec la petite touche scientifique qui va bien — continue de se métamorphoser — de pas plus grave qu’une petite grippe à hyper contagieux et de catastrophe sanitaire, économique — que déjà les premiers « et après » pointent le bout de leur nez.

Cette question m’occupe l’esprit depuis plusieurs jours déjà et c’est avec une certaine satisfaction que je constate que beaucoup partagent cet avis que je peux résumer par cette phrase d’Edgar Morin sur Twitter:

« Ce serait terriblement triste s'il ne sort pas de cette mega-crise une pensée politique indiquant la nouvelle Voie. »

(Edgar Morin tweet 21 mars 2020)

La question est posée, l’inquiétude prend forme:

Et si le pire qui pourrait arriver était que tout revienne comme avant ? Retour à nos comportements habituels, retour au modèle économique dominant avec les efforts qui seront réclamés à la population pour renflouer les caisses des Etats anémisés d’avoir aidé les entreprises selon la maxime « solidariser les pertes et transformer en dividendes les bénéfices ».

Notre modèle économique est arrivé à sa limite. Il a démontré son inadéquation ou du moins le besoin de se transmuter.

Partager c’est sympa

Nous avons des raisons de nous inquiéter. Rien dans les discours des politiques ne laisse entrevoir une prise de conscience allant vers un changement. Leur seule préoccupation est de traverser la crise, de minimiser les dégâts — victimes mais surtout les pertes économiques — et de reprendre dès que possible le cours normal des choses.

Dans une vidéo de la chaîne Youtube « Partagez c’est mieux » — qui se veut attractive dans son format (et s’il est clair que c’est une attractivité pour les « jeunes », cela n’opère pas l’effet escompté sur moi, surtout cette terrible casquette que je gère de lui enlever tant elle décrédibilise celui qui la porte) — le présentateur dont j’ignore le nom transforme le discours d’Emmanuel Macron et y ajoute ce que nous voudrions entendre, ou avoir entendu.

L’exemple le plus éclairant est le désossage de notre système de santé qui a été privatisé, regroupé, « optimalisé », géré comme un business ... et surtout qui a oublié de reconnaître et valoriser son personnel.

Les remerciements, les applaudissements, les appeler « héros » masquent très mal le sous-financement, le sous-recrutement que subit notre système de santé. C’est un des points abordés dans cette vidéo.

Je termine cette réflexion par cette métaphore qui m’est venue il y a quelques jours en réponses aux propos amers que l’on retrouve de manière pléthorique sur les réseaux sociaux. Je comparais notre société, notre monde à une voiture roulant à tombeau ouvert vers un mur. La pédale de frein de cette voiture est devenue bannie, désavouée. Il n’est dès lors d’autre issue que de continue à accélérer. Durant cette trajectoire, un soubresaut. Une irrégularité dans la route. Une bosse. C’est le corona virus. Le chauffeur est déstabilisé et tente de limiter l’embardée. Il transpire à grosses gouttes en tournant son volant tout en continuant d’éviter la pédale de frein tant honnie. Tout au plus arrête-t-il d’accélérer. Et nous, nous sommes les passagers. Nous sommes assis à l’arrière du véhicule. Nous hurlons au chauffeur de freiner, de changer de conduite. On allait dans le mur et maintenant, cette bosse risque de rendre fou le véhicule. Mais beaucoup de passagers ne sont inquiétés que par la bosse qui leur a fait lever les yeux de leur smartphone. Et nous pouvons imaginer que dès que le chauffeur aura retrouver le contrôle de son véhicule, ils reprendront leur activité sur leur téléphone, partageant la dernière bonne vidéo ou un selfie pris « pendant la bosse » avec des airs de « j’y étais ». Pour les autres qui regardent la route et exprime leur inquiétude, le pire est à craindre: le chauffeur restera sourd à leurs demandes et continuera sa route tout content qu’il sera d’avoir repris le contrôle de son véhicule et de pouvoir à nouveau accélérer ... vers le mur.

Sur cette image, je vous laisse tout en me disant que ce sujet de « et après » est tellement vaste qu’il me faudra y revenir dans d’autres postes.

Que se passe-t-il?
J'n'y comprends rien
Y avait une vie
Et y a plus rien

Je m’souviens que j’marchais
Je marchais dans une rue
Au milieu d’la cohue
Sous un joyeux soleil si gai
C’était plein de couleurs
De mouvements et de bruits
Une passante m’a souri
On a causé, c’était midi.

Supermarché
Ses rayons bien achalandés
Même celui du rayon PQ
Ça tombait bien j’en avais plus
Et puis voici
Qu’à la radio j’entendis
Venue de Chine et d’Italie
Des mesures de confinements
Fallait rentrer
Rapidement

Je m’souviens qu’en peu de temps
On nous fit tous rentrer
Les restos tous fermés
Même plus un bar / avec des gens
Les gens changeaient de trottoir
Rien que tousser, toute une histoire
On découvrait un monde sans
Derrière nos murs, devant l’écran

C’était étrange
Est-ce qu’il fallait que le monde change ?
Les gens guettaient dans un mélange
De dérision et d’affolement

Et brusquement
Il y eurent les chiffres grandissant
Les hôpitaux incandescents
Et j’ai commencé à tousser

Que s’est-il passé?
J’y comprends rien
Y avait une vie
Et y a plus rien
Y a plus rien qu’un lit blanc
Néons et gémissements
J’ai du mal à respirer
Mon voisin d’lit est décédé
Les rues sont désertées
Tout l’pays est arrêté
Et c’est l’moment que le soleil
A choisi pour faire son éveil

Mon Dieu, mon Dieu
Faites que ce soit
Un mauvais rêve

Réveillez-moi
Réveillez-moi
Réveillez-moi

Christian Vanhenten
D’après la chanson de Claude Nougaro « Il y avait une ville » 

« C'est quand la mer se retire qu'on voit ceux qui se baignent nus. » 

Warren Buffet

En disant cela Warren Buffett voulait avertir les preneurs de risques excessifs qu’ils risquaient d’être surpris par un retournement de situation.

Il assez étonnant, à une époque où fumer devient de plus en plus socialement inadéquat, de constater que le syndrôme des fumeurs est encore promis à un bel avenir.

Qui parmi vous n’a pas connu ces fumeurs qui, quand on leur dit que fumer est mauvais pour la santé vous rétorque: “je connais une personne qui a toujours fumé et est mort centenaire.”

Quelque soit sa motivation, son désir voire son besoin d’emplir ses poumons de fumée, le fumeur rationalisera toujours son expérience en écartant le risque de sa pratique. Cela ne le concerne pas. Il écarte toute appréciation pessimiste d’un revers de main. Il est totalement incapable de lier le discours anti-tabac à son addiction. Ce n’est pas la bouffée qu’il vient d’avaler qui va lui causer un cancer. Ni la précédente. Ni la suivante.

Seul compte le plaisir du geste, la sensation de détente de respirer cet air volontairement vicié. 

C’est le propre de toute addiction de créer un manque pour aussitôt le combler tout en faisant le lit du prochain vide.

Et le temps passe, de cigarettes en paquets et de paquets en farde. Le fumeur en vient même à oublier qu’il fume tant ce geste fait partie de son identité de fumeur.

Après tout, il n’a rien eu, depuis tout ce temps. Alors ...

L’observateur qui s’aventurera à lui rappeler les risques liés à sa pratique est remballé au nom des “je fais ce que je veux”, “je suis assez grand pour décider”, “je connais les risques, pas besoin d’un parent pour me dire ce que je dois faire ou pas”.

Et puis arrive ce qui doit arriver qui alimente les statistiques inéluctables ayant démontré à foison que les dangers de la cigarette ne sont pas négligeables.

C’est le ton de voix de l’oncologue qui se veut rassurant et vante les progrès de la médecine qui déchire le voile de l’arrogante insouciance.

Le fumeur est terrassé. Il se sent victime d’une honteuse injustice. “Pourquoi moi?”

“Mais parce que tu fumes, pardi” ont envie de lui crier ses proches et ses amis. Mais ils ne disent rien. Ce n’est pas le moment de balancer des reproches alors qu’il doit accuser le coup et a plus besoin de support que de “je te l’avais bien dit.”

Le syndrome du fumeur éclate dans toute sa splendeur.

Avant le diagnostic, pas question d’entendre qu’il y a un risque. Et après, ce n’est pas le moment.

Ce syndrome s’est malheureusement généralisé avec le temps pour quitter le monde des fumeurs

Il s’applique chez la personne négligente qui laisse sa voiture non verrouillée, pensant que ce n’est pas pour une fois puis se désole quand son véhicule a été dévalisée.

C’est cet homme qui arrive à la dernière minute à l’aéroport malgré les avertissements de ses collègues puis rate l’avion parce que la file au contrôle de sécurité était anormalement longue.

C’est ce mari tout entier à son travail qui hausse les épaules quand son ami lui demande s’il ne devrait pas passer plus de temps avec son épouse puis un jour découvre que celle-ci le quitte.

Avant la crise, le fumeur sait mieux que vous ce qui est bon ou pas pour lui et refuse de vous entendre. Puis quand la crise éclate, vous dit que ce n’est pas le moment et que vous feriez mieux de l’aider. 

Dans tous les cas vous avez tort d’évoquer les risques qu’il encourt, pas avant puisque rien n’est encore arrivé et pas après car on ne tire pas sur une ambulance. 

Lire aussi: les autres syndromes

Sur le groupe Facebook PNListe que j'administre, j'avais posé la question:

La PNL vous aide-t-elle à vous choisir des bonnes résolutions ? Quelles distinctions entre celles que vous tiendrez et les autres?

J'ai obtenu un ensemble de réactions qui ont nourri ma réflexion.

J'ai eu envie de partager mes réflexions avec mes lunettes de PNListe.

Une nominalisation

Note PNL: une nominalisation est un nom qui masque un processus

"Résolution de début d'année" est une belle nominalisation et qui plus est très chargée en croyances, principalement négatives alors qu’elles sont à la base positive.

La dimension stratégie (ou processus)

- si j’observe dans la dimension « stratégie »: j’y détecte immédiatement un déclencheur (le début d’année) et le processus que masque la nominalisation « résolution ».

Deux processus pour le prix d'un

résolution: un processus qui en forme deux:

-évaluation: faire le point sur ce que je vis, détecter mes insatisfactions et en quoi je veux m’en écarter

-décision: espérer/désirer/avoir envie de quelque chose de différent, principalement une action de ma part avec une dimension de répétition (une nouvelle habitude)

Rien de tel qu'un bon déclencheur

Dans l’accompagnement du changement, il est intéressant de disposer d’un déclencheur identifié pour y « accrocher » une nouvelle stratégie/action. ça c’est « check! » j’en ai un avec le début d’année.

Je peux ensuite m’emparer de l’évaluation et faire de ce moment si conventionnel, si suranné, un vrai moment de réflexion, profonde, intense, personnelle: suis-je sur le chemin qui me convient, pourrais-je faire quelque chose d’autre oui de plus pour augmenter ma satisfaction ?

Si émerge un « oui » alors je passe à la stratégie suivante qui peut se décomposer en deux stratégies: définition d’un objectif et stratégie de mise en mouvement (ou motivation ou engagement).

Pour la définition de l’objectif, vous savez déjà

Pour la mise en mouvement, je pense au fameux « go for it » de Bandler ou à la stratégie de Tony Robbins (rendre l’actuel très désagréable et enluminer l’état désiré).

Je rêve d’un monde qui évolue vers plus de sagesse.

Je rêve d’un monde imparfait, mais que l’on peut faire évoluer en posant les bonnes questions.

Car un monde parfait est un monde invivable et qu’inévitablement, ici et là, des personnes poseront des actes inadéquats, voire clairement inacceptables.

Mais il serait possible de dénoncer ces actes, ces situations inacceptables, ces injustices flagrantes ou qui méritent a minima qu’on s’interroge s’il n’y a pas de meilleure solution.

Je rêve d’un monde où notre indignation ne serait pas proportionnée au nombre de kilomètres qui nous séparent d’une situation injuste ou dramatique. D’une solidarité des peuples, d’une empathie des personnes quelque soit le continent où ils résident, quelque soit nos affinités avec eux.

Je rêve d’un monde où les indignations ne succèdent pas aux indignations, les nouvelles masquant les précédentes. Une indignation est une indignation. Elle n’est pas atténuée parce qu’une autre émerge, elle ne fait que s’ajouter.

Je rêve d’un monde où les intérêts particuliers ne modulent pas nos indignations, où il n’est même plus envisageable de fermer les yeux sur un scandale écologique parce qu’il nous permet d’autre part de maintenir notre petit confort.

Je rêve d’une liste des crises, des situations, des actes établie par la population mondiale et qui montre aux dirigeants du monde ce qui doit être changé. Une liste qui passe avant les intérêts financiers des puissants, avant les séductions à court terme des politiques obsédés par la prochaine élection.

Je rêve d’un monde qui reconnait l’identité des personnes, des peuples, des communautés, des régions, des nations sans basculer dans le nationalisme, le communautarisme, le régionalisme, l’esprit de clocher. D’un monde qui comprend que la mondialisation nécessite que chacun se reconnaisse dans sa particularité. Que ce n’est pas opposé, mais bien indispensable pour que chacun se reconnaisse dans un monde global. Qu’à défaut, un sentiment de dilution, de perte d’identité amène à des attitudes extrêmes pour réaffirmer qui l’on est.

Je rêve d’un monde où chacun accepte d’entendre l’autre, accepte le dialogue, même si — et surtout si — l’autre ne partage pas mon avis, mon opinion.

Je ne rêve pas d’un monde utopique, où tout le monde est d’accord, où tout le monde s’aime. Ce monde-là doit être bien mièvre et en tout cas impossible.

Je préfère rêver d’un monde où la diversité est source de richesse, de dialogue, de créativité.

Je rêve de dirigeants élus par le monde entier, pour le monde entier. Des dirigeants qui n’auraient plus ainsi à exacerber les différences pour être élus par les groupes qu’ils représentent comme le décrit si bien Amin Maalouf dans “Les Identités Meurtrières”.

Je rêve et je sais que rêver ne fait pas avancer les choses. Alors, je me lève et j’essaie, à mon niveau, d’interpeller, de questionner, de dialoguer.

You, you may say I'm a dreamer
But I'm not the only one
I hope someday you will join us
And the world will be as one

Imagine, John Lennon

Il nous est facile de deviser sur des concepts tels que l'éternité, la souffrance ou l'impermanence. Tout passe, rien n'est épargné par le changement.

Tentant alors d'évoquer la fugacité des sculptures sur glace tant est il évident qu'elles ne résisteront pas aux quelques degrés au-dessus de zéro qui les ramènera à l'état liquide.

Nous nous plaisons alors à parler de notre mortalité. Nous l'évoquons en nous rappelant celles et ceux qui nous ont quittés. Diversion qui nous permet de simuler l'inconcevable: nous mourrons. Tout s'arrêtera. Nous ne serons même plus là.

Puis survient un drame comme celui qui a détruit la cathédrale Notre Dame de Paris. Et tout est chamboulé. Cette construction est inscrite dans la conscience collective, dans le patrimoine de l'humanité.

Architecture intemporelle, elle a connu Saint-Louis Et Napoléon. Et Victor Hugo. Et tant de générations d'hommes et de femmes.

Tel un poing rageur tendu vers le ciel, la cathédrale est le démenti de l'idée même d'impermanence. Elle, elle traverse le temps. Et la patine qu'il lui occasionne ne la rend que plus belle.

Puis il aura fallut une négligence. Une inattention de trop, une distraction commise par un quelconque anonyme, peut-être un ouvrier de l'entreprise en charge de la rénovation ou une défaillance technique pour que ce symbole de l'intemporel, cette matérialisation de la splendeur humaine traduite dans la pierre, le bois et le verre s'envole dans des volutes de fumée.

Et c'est alors la prise de conscience brutale.

Même ça!

Nos références sont bousculées, nos certitudes questionnées.

Expérience collective du sentiment de perte, communion d'émotion mêlée du si contemporain sentiment d'avoir été là, de l'avoir vécu. Comme le 11 septembre ou comme à la chute du mur de Berlin.

La flèche de Notre Dame qui s'écroule c'est l'immense clash du moment fugace qui détrône l'éternel. Ce qui était là et qui durait n'est plus.

Plus rien ne sera plus comme avant.

Bien sûr on la reconstruira, mais ce ne sera plus la même cathédrale.

Expérience cruelle et intense de l'humain, ce mortel conscient de sa propre mortalité. Refus de laisser un symbole du déni de sa propre finitude lui montrer que lui aussi, un jour, il se couchera et sombrera dans l'oubli.